Un message à l’anxieuse que je suis

Le regard des autres a toujours été quelque chose qui m’a paralysée, depuis ma tendre enfance. J’ai toujours eu l’impression que les gens dont je croisais le regard pensaient que j’étais une si, que j’étais une ça, qu’ils ne m’aimaient tout simplement pas… Marcher dans les corridors de l’école me paralysait, même quand j’étais finissante du secondaire. Quelqu’un partait à rire, même loin et hors de vue, et j’étais sûre qu’il riait de moi. Quand on me regardait, j’angoissais sur tellement d’idioties: “J’ai tu de quoi dans les dents?” “J’ai tu la ‘flaye’ ouverte?” “J’ai tu du papier de toilette collé sur le soulier?”… Bref, je pense qu’on a compris le concept. J’ai toujours, et ce encore aujourd’hui, évité les foules denses, étant également clostrophobe. Disons que mon adolescence a été parsemée de crises d’anxiété et de panique à cause de toutes sortes de raisons, mais le regard des gens m’a toujours profondément affectée. À 13 ans, du haut de mon 1m78, je pesais 200 livres, j’avais de l’acné partout sur le corps et je portais des lunettes (pour lesquelles on me taquinait). Oui, c’est énorme, surtout à 13 ans, quand tu essaies de te bâtir difficilement une confiance en soi. En un été, j’ai perdu 50 livres, mais en ne faisait rien pour. Je me disais que les gens m’aimeraient plus, me trouveraient plus belle, que je serais plus heureuse, etc. Je devais toujours sortir habillée impeccablement, maquillée et soiffée de manière à ce que je sois présentable, je comptais mes calories pour épouser les formes du “moule” établit par la société, je me contemplais dans le miroir constamment, démoralisée, me comparant aux autres filles si jolies. Ça a mené à plusieurs petits troubles, dont je ne parlerai pas ici car de toute façon, vous ne voulez pas le savoir, croyez-moi. Bref, ma confiance en moi a toujours été pas mal basse. En lisant le roman d’Hemingway, Un vieil homme et la mer, j’ai pu y trouver un message simple mais véridique: on doit se foutre de ce que les autres peuvent penser de nous. Premièrement, ils ont bien le droit de penser ce qu’ils veulent; nous sommes quand même dans un pays libre! Combien de fois par jour tu te dis “elle me gosse!”, “son chandail est bizarre”, “sa démarche est bin drôle”? Okay, on se dit pas tout le temps ces choses-là, mais faut bin se dire que si on le fait, mais sans que ça ne veuile rien dire, il faut bien s’attendre à ce que les autres le fassent aussi. Je sais que c’est dur, se foutre de ce que les autres pensent. Pour ma part, c’est un combat constant, avec le petit diable sur les épaules qui me dit des paroles qui résonnent plus que celles du petit angelot. Voilà pourquoi je déteste les exposés oraux, voilà pourquoi je déteste aller quelque part seule, dans la peur d’avoir l’air “conne” ou quoi que ce soit. À dire vrai, j’ai peur du vrai monde. J’angoisse constamment, et je me déteste tellement d’être comme ça. J’aimerais que tout soit plus simple. J’ai peur d’essayer de nouvelles choses par peur d’avoir l’air conne, justement. On vit dans une société dans laquelle nous sommes toujours surveillés (merci réseaux sociaux! Ou pas, non), et le jugement des autres est rendu si facile, si banal, si important, pour notre génération. On cherche l’approbation des autres, on cherche à être aimés et on doit arrêter ça. Je commence tranquillement pas vite à me défaire de cette peur de ces regards qui me suivent partout. Je suis sortie en pantouffles pour aller au dépanneur il y a 3 semaines, moi ça!!!! La Maude d’avant n’aurait jamais même pensé faire ça dans ses rêves les plus fous! Ce n’est pas beaucoup, mais ça me surprend quand même de ma part…

Le problème avec l’anxiété sociale, c’est que tu sais à quel point c’est stupidement injustifié de réagir ainsi, mais tu ne peux pas t’en empêcher. Tu le sais, dans le fond, que c’était rien, que c’était pas de toi que les filles sur le banc riaient, mais tu capotes quand même. Mais l’anxiété sociale, c’est ça: le moindre petit incident, aussi anodin puisse-t-il être, a des répercussions énormes, car tes pensées te font croire que justement, c’est de toi qu’ils rient ou peu importe. Ça occupe toutes tes pensées et ça peut même te faire paniquer. Ça s’engouffre dans tes entrailles, ton esprit et partout dans ton corps et tu ne peux t’en échapper. Tu le sais que c’est ridicule, tu détestes chaque moment passé dans cet état, mais c’est plus fort que toi. Et le fait que plusieurs personnes ne comprennent ou ne savent même pas ce que c’est rend les choses tellement plus dures…

Une chose que l’on doit retenir du roman d’Hemingway, c’est ceci: “un homme ne doit jamais s’avouer vaincu”. Un homme, une femme, un vieillard comme un jeune ne doit jamais abandonner. Le regard des autres, la solitude même, peuvent faire tellement de ravages chez une personne, mais “un homme, ça peut être détruit, mais pas vaincu.” Je trouve ce message rempli d’espoir et tellement beau. Mon manque de confiance en moi me détruisait de l’intérieur; je croyais tout simplement jamais pouvoir m’aimer et faire des choses normales comme tout autre être normal. Je me repliais sur moi-même et mon Dieu que je me sentais seule. Ça n’a pas aidé à ma cause, finalement. Mais si je devais recommencer, ou du moins, écrire une lettre à la petite Maude de 13 ans, je lui dirais de ne pas s’en faire avec ça. Je lui dirais que le reflet dans le miroir est magnifique et qu’elle devrait apprendre à s’aimer et ne pas changer pour plaire aux autres. De toute façon, on ne peut jamais plaire à tout le monde et c’est normal! Je lui dirais aussi que son mal intérieur va bien finir par s’apaiser. Oui, ça va prendre 5 ans mais quand même: quand elle n’aura plus mal, elle va enfin se sentir délivrée et elle va pouvoir commencer à se laisser aller, à faire ce qui lui chante et porter ce qui lui plaît. Et elle va aimer ça. Oui, c’est lors de sa deuxième année de Cégep qu’elle va y parvenir, mais elle va remercier le ciel du plus profond de son coeur. Elle va apprendre à se foutre des autres, et ça va enfin lui faire du bien. Elle va avoir passé par toute la solitude nécessaire pour apprendre à se connaître et ça va lui ouvrir les yeux (merci, monsieur Poisson pour ces paroles de sagesse qui lui auront aidé à voir les choses sous un tout autre angle). Ce jour-là, elle va être heureuse. Et en ce 16 mai 2017, c’est le cas: elle est heureuse et arrive à se foutre (presque) du regard des autres.

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